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Deuil : Francis Wodié est mort ce lundi des suites d’une longue maladie

Un deuil innommable. Francis Wangah Wodié est mort ce lundi 3 juillet 2023, des suites d’une longue maladie. Il était âgé de 87 ans. Depuis sa démission spectaculaire de la présidence du conseil constitutionnel, en février 2015, il s’était retiré de la vie politique.
Professeur de droit constitutionnel de réputation internationale, Francis Wodié a formé et vu défiler devant lui des générations d’étudiants aussi bien en Côte d’Ivoire qu’Afrique francophone. Agrégé de droit en France, il fut élu doyen de la faculté de droit et eût un parcours académique marqué par son militantisme.
C’est en effet lui qui, dans les années 1970, fonde le Syndicat national de la recherche et de l’enseignement supérieur (SYNARES) qui arracha le multipartisme en 1990. En 1973, il choisit de s’exiler en Algérie avant de revenir à Abidjan.
Membre fondateur de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (LIDHO), il dirigea pendant quatre années (1985 à1989) la section ivoirienne d’Amnesty International.
Il fut aussi un acteur politique de premier plan. Son activisme politique lui vaut en 1961 d’être arrêté et d’être expulsé de la France vers la Côte d’Ivoire, où il est harcelé par le régime de Félix Houphouët-Boigny qui juge ses activités « subversives » en raison de son engagement dans le syndicalisme. En 1962, il est même emprisonné. Il ne commence d’ailleurs à enseigner le droit à l’Université d’Abidjan qu’en 1966, avant d’être une nouvelle fois arrêté un an plus tard.
Lorsque les mouvements de contestation estudiantine obligent Houphouët-Boigny à proclamer le multipartisme, Francis Wodié crée le Parti ivoirien des travailleurs (PIT), un parti d’opposition marqué à gauche. Il est élu la même année député de Cocody, mais il ne réussit pas à se fondre dans le nouveau groupe parlementaire de l’opposition mené par un certain Laurent Gbagbo.
Les deux hommes ont même du mal à s’accorder. Alors que l’opposition réunie dans le Front républicain appelle au boycott des élections en 1995, Wodié se déclare candidat contre Henri Konan Bédié et recueille 3,56 % des voix. Pis, il perd son siège de député la même année et son parti, le PIT, n’est plus représenté à l’Assemblée nationale.
Il est en revanche nommé ministre de l’Enseignement supérieur de 1998 à 1999, dans le gouvernement de Daniel Kablan Duncan, mais il y a comme une cassure avec le peuple. Lors de l’élection présidentielle de 2000, Wodié ne glane que 5,70 % des voix et chute lourdement à l’élection présidentielle de 2010 avec seulement 0,29 % des suffrages.
Mais à la faveur de l’arrestation de Laurent Gbagbo, il est nommé président du Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire le 25 juillet 2011 par Alassane Ouattara, en remplacement de Paul Yao N’Dré. Quatre années plus tard, il démissionne pour ne pas cautionner le second mandat de son « sauveur ».

Sabine DIE

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