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Tentative d’évasion spectaculaire en Guinée, le film de l’opération

En Guinée, au moins neuf personnes ont été tuées samedi 4 novembre 2023 à Conakry dans l’opération commando au cours de laquelle des hommes lourdement armés ont pu faire provisoirement sortir de prison le leader de l’ex-junte, Moussa Dadis Camara et trois codétenus. Jeune Afrique à travers sa publication du mardi 07 novembre 2023 revient sur le film de l’opération.

La ville dort encore, ce samedi 4 novembre, lorsqu’une vingtaine
d’assaillants arrivent aux abords de la Maison centrale de Conakry.
Dans la nuit noire, plusieurs véhicules se garent aux abords du
bâtiment : un pick-up Land Cruiser de couleur blanche, non
immatriculé ; plusieurs motos… Le commando pénètre sans encombre
dans l’enceinte de la prison, habituellement lourdement gardée.

En cellule avec Pivi, Camara et Goumou
Sise à Coronthie, un quartier de la presqu’île de Kaloum, la prison
n’est qu’à deux pas des principaux bâtiments publics guinéens, y
compris de la présidence de la République, siège du pouvoir de
Mamadi Doumbouya. Construite par les colons et censée pouvoir
abriter 300 prisonniers, elle en compte aujourd’hui 1 700. Parmi eux,
l’un des détenus les plus célèbres du pays : Moussa Dadis Camara.
Depuis un an, l’ancien chef de la junte qui a pris le pouvoir en 2008, à
la mort de Lansana Conté, doit répondre aux questions de la justice
dans le cadre du procès du massacre commis le 28 septembre 2009.
C’est aussi le cas des trois hommes qui partagent sa cellule : Claude
Pivi, Moussa Tiégboro Camara et Blaise Goumou.


À l’extérieur de la prison, une trentaine de gendarmes, policiers et
militaires gardent le bâtiment. Mais aux premières heures de ce 4
novembre, alors que le commando donne l’assaut, aucun n’ouvre le
feu. Ils prennent la fuite, laissant sur les lieux deux pick-up équipés de
mitrailleuses dont les assaillants s’empareront plus tard, en quittant la
prison. Mais pour l’heure, le commando pénètre dans la Maison
centrale de Conakry sans être inquiété non par la sentinelle de garde à
l’intérieur de l’enceinte.

Mettre la main sur les prisonniers est un jeu d’enfant : les gardes
pénitentiaires ne sont pas armés. Une fois encore, les assaillants ne
rencontrent donc aucune résistance. Quatre hommes pénètrent à
l’intérieur de la prison et font exploser le cadenas de la porte de la
cellule. Il est à peine 5 heures lorsqu’ils quittent les lieux. Nos sources
sont formelles : aucun coup de feu n’a retenti durant toute la durée de
l’opération.
En fuite, les quatre détenus sont répartis en trois groupes. Selon nos
informations, le colonel Claude Pivi – alias Coplan – monte dans un
véhicule conduit par son fils. Verny Pivi est un ancien soldat, radié de
l’armée en 2012 pour une histoire de vol à main armée. C’est lui qui
dirige le commando. Le soir même, trois des fugitifs dormiront de
nouveau derrière les barreaux.
Dadis et Goumou, cachés dans un motel
Le colonel Moussa Tiégboro Camara est le premier à être localisé,
quelques heures seulement après son évasion. Il est retrouvé à
Yimbaya, un quartier de la commune de Matoto, dans la banlieue sud
de Conakry. Selon plusieurs sources, il aurait faussé compagnie aux
hommes qui l’accompagnaient en prétextant un besoin urgent et se
serait rendu aux autorités. Moussa Dadis Camara et le colonel Blaise
Goumou, eux, se sont cachés ensemble dans un motel de Kagbélen. Ils
sont débusqués en tout début d’après-midi.

Tous avaient franchi les limites de la commune de Kaloum, dépassant
sans difficultés différents camps militaires. Un premier accrochage fait
au moins deux victimes – des civils qui se trouvaient à bord d’une
ambulance non loin du pont du 8-Novembre, situé à la sortie de
Kaloum, à quelques mètres du siège du groupement des Forces
spéciales. Une fillette de 6 ans est mortellement touchée.

Des affrontements ont également lieu au quartier Samatran, à la
limite entre Conakry et la ville voisine de Dubréka, faisant cette fois
trois morts parmi les assaillants. Du côté de l’armée régulière, quatre
victimes ont été recensées par le procureur général près la cour d’appel
de Conakry. À l’en croire, neuf personnes au total ont perdu la vie ce
jour-là. Parmi elles, des éléments des Forces spéciales que
commandait Mamadi Doumbouya avant son coup d’État et qui
continuent d’assurer sa sécurité.


Pour la junte au pouvoir, c’est un camouflet. D’autant qu’en dépit du
déploiement des forces de défense et de sécurité dans les quartiers sud
de la capitale, à Coléah, Mafanco et Madina (des quartiers pour
certains réputés proches de l’ancien président Alpha Condé), Claude
Pivi court toujours.
À la différence des gendarmes Moussa Tiégboro Camara et Blaise
Goumou, ou même de Moussa Dadis Camara, qu’un fin connaisseur
de l’armée guinéenne décrit comme un « militaire de bureau », le
fugitif est un soldat aguerri. Ministre de la Sécurité en 2008-2009, il a
conservé son grade de colonel après l’arrivée au pouvoir d’Alpha
Condé au sein du Bataillon autonome des troupes aéroportées
(BATA). Il a pris du poids avec l’âge certes, et a plusieurs fois paru, lors
du procès du 28-Septembre, avoir mauvaise mine. Mais il n’en est pas
moins un combattant expérimenté, rompu au maniement des armes et
maître d’arts martiaux. Il est aussi resté populaire au sein de l’armée,
en particulier auprès des Bérets rouges. Ce sont eux que le

gouvernement guinéen soupçonne aujourd’hui d’avoir ouvert les
portes de la prison au commando.

D’autres objectifs ?
Selon les informations de Jeune Afrique, la libération des prisonniers
n’était que l’un des objectifs poursuivis par Verny Pivi et ses hommes.
Mais voulaient-ils renverser la junte au pouvoir ? Rien ne permet pour
l’instant de l’affirmer. Reste que, si aucun coup de feu n’a été entendu
aux alentours de la prison, des tirs nourris ont été rapportés par
plusieurs sources aux environs du palais Mohammed-V, siège de la
présidence.

« Enlèvement »
Récupérés par les forces de défense et de sécurité dans des
circonstances encore troubles, Moussa Dadis Camara, Blaise Goumou
et Moussa Tiégboro Camara sont à nouveau détenus à la Maison
centrale de Conakry. Une enquête a été ouverte dès le 4 novembre
pour « évasion » et « association de malfaiteurs ». Tous les trois sont
désormais poursuivis, au-delà des accusations de meurtre et de viol
dans le cadre du procès du 28-Septembre, pour assassinat, homicide
involontaire et complicité. Selon une source judiciaire, plusieurs
personnes soupçonnées d’avoir fait partie du commando ont
également été interpellées depuis samedi.
Entendu par le procureur militaire chargé de l’enquête dès son retour
en prison, Moussa Dadis Camara nie toute implication dans la
préparation de cette évasion et prétend avoir été kidnappé par le
commando mené par Pivi. Il n’aurait été, répète son entourage, que la
victime collatérale du plan conçu par ses codétenus. « Il a été forcé à
les suivre », insiste l’un de ses proches.

Complicités
Dès le dimanche 5 novembre, les autorités ont annoncé la radiation de
plusieurs dizaines de militaires, membres des services de sécurité et

gardes pénitentiaires. Une dizaine d’officiers du Bata, le bataillon de
Claude Pivi, ont ainsi été rayés des rangs de l’armée.

Le sous-lieutenant Mamady Camara, régisseur de la prison par intérim, a lui
aussi été remercié. Il avait été le porte-parole des gardes pénitentiaires
lors de leur grève, en juin dernier. Il regrettait à l’époque que les
prisons ne soient pas mieux sécurisées. « Lorsqu’il y a évasion, on
culpabilise les régisseurs ou les gardes pénitentiaires. Nos amis
incarcérés à la suite d’évasions doivent être libérés si leur complicité
n’est pas avérée. Certains d’entre eux sont indéfiniment suspendus et
ne sont ni jugés ni rétablis », fulminait-il.

Les évadés ont eux aussi été radiés – sauf Moussa Dadis Camara, qui
avait déjà démissionné. « Heureusement ! se réjouit son avocat.
Ç’aurait été une grande humiliation qu’on dise qu’un ancien
commandant en chef des forces armées [titre honorifique donné au
président de la République] est radié de l’armée parce qu’il s’est évadé
de prison ! »

Colonel Mamadi Doumbouya, Président de la transition

Source Jeune Afrique

Le titre et le chapeau de l’article sont de la rédaction de Bim news.

AR Regtoumda

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